La conception multi-agents de MitoMAS
Pour modéliser une membrane constituée de phospholipides, c'est à dire un assemblage de molécules contraintes par des forces, nous avons choisi d'utiliser les SMA, l'équivalent informatique d'un tel système dynamique d'objets en interactions locales.
Les agents biologiques : les BioAgents
La figure~\ref{fig:sma-conception_diagramme-de-classes_Agent} donne les relations d'héritages entre les différents types d'agents du modèle.
En spécialisant la super-classe Agent, nous définissons un agent générique pour prendre en compte les objets biologiques : le BioAgent. Cet agent biologique est un agent mobile situé (par les coordonnées continues du centre de gravité de la molécule) doté d'une orientation. Il est composé d'une collection de grains d'atomes qui seront les points d'interactions où les forces s'appliquent.
Nous distinguons deux types de BioAgents : un agent Phospholipid et un agent EnzymaticComplex pour les protéines membranaires, qui, dans le contexte de la membrane interne mitochondriale, correspondent aux complexes enzymatiques de la chaîne respiratoire. Un agent EnzymaticComplex se borne à ne représenter que la surface d'une molécule par un maillage de grains, sans tenir compte de la structure moléculaire interne.
Les interactions entre les grains
Sous la forme de forces, les interactions entre les grains sont à l'origine des déplacements des agents réactifs que sont les BioAgents.
Pour intégrer les différentes expressions mathématiques des potentiels générant ces forces d'interactions intra et inter-moléculaires, nous avons souhaité proposer un cadre général à spécialiser en fonction de la représentation souhaitée des molécules : une représentation flexible ou rigide. Nous précisons par la suite les différents cas de figure envisagés ainsi que les potentiels éventuellement appliqués.
Quelques soient les expressions de ces potentiels, nous pouvons souligner qu'étant donné que les forces s'appliquent uniquement au niveau des grains, il est envisageable de réaliser des simulations avec à la fois des molécules rigides et des molécules flexibles.
Les agents environnement : les GridAgents
L'environnement est un espace 3D continu que nous modélisons comme un tore (monde clos) en utilisant un parallélépipède rectangle où les BioAgents qui sortent par une face rentrent par la face opposée. Cette nature torique évite des discontinuités non justifiées de l'espace et garantit un nombre constant de molécules au cours de la simulation.
Cet environnement bénéficie d'un partitionnement de l'espace sous la forme d'une grille (partition régulière, non hiérarchique et fixe) où les dimensions de chaque unité volumique, appelée GridAgent, sont à mettre en relation avec la distance limite d'interaction entre deux grains (ou distance de coupure). Ces agents dédiés à la gestion de l'environnement sont des agents immobiles situés dans la grille (assimilables aux cellules d'un automate cellulaire). Les GridAgents ont des comportements parmi lesquels celui de fournir à un BioAgent qu'il contient son voisinage (c'est à dire les BioAgents suffisamment proches pour interagir) et celui d'identifier directement le chemin le plus court entre deux BioAgents spatialement situés dans l'espace torique.
En effet, la nature torique d'un espace est susceptible de modifier la notion de proximité entre deux points de cet espace. Par exemple, la figure~\ref{fig:sma-conception_voisinage-elabore} indique que le chemin le plus court entre les deux points A et B n'est pas le chemin direct en bleu mais le chemin en rouge entre le point A et B', une des positions virtuelles du point B.
Pour réduire le calcul des distances, un GridAgent rajoute à la notion de voisinage défini par les GridAgents contigus une information supplémentaire (sous la forme d'un triplet d'entier) qui permet d'identifier directement le chemin le plus court entre deux points. La figure~\ref{fig:sma-conception_voisinage-elabore} donne l'exemple pour le voisinage (en gris clair) du GridAgent 5 (en gris foncé) : le triplé \{0,-1,0\} du GridAgent 4 permet de réaliser une translation du point B de -1 fois la dimension en Y du volume pour obtenir la position virtuelle B' qui correspond au chemin le plus court.
Un cycle de simulation
Chaque pas de la simulation
déclenche un certains nombres de comportements des agents, en
l'occurrence les comportements constituant les cycles de vie de ces
agents.
Dans un premier temps, les
GridAgents sont activés ; leur cycle de vie consistant essentiellement
à maintenir à jour les voisinages des BioAgents.
Ensuite les BioAgents sont activés à leur tour, leur cycle de vie comptant deux étapes :
- une première
passe consiste à déterminer les interactions entre tous les grains et
à en retenir l'interaction la plus forte. Les BioAgents mémorisent ces
interactions. Le temps tau à utiliser pour intégrer les prochaines
positions de tous les BioAgents est déterminé.
- La seconde
passe consiste à réellement calculer les positions futures des
BioAgents en utilisant notamment tau avant de réaliser un échange
entre la position future et l'actuelle.
Un tel mécanisme en deux
temps (avec duplication en mémoire de la position des BioAgents) permet d'instaurer un processus adaptatif qui tient
compte de la complexité des interactions entre les molécules à chaque
instant de la simulation : tout en réduisant les erreurs
d'intégrations, l'efficacité des simulations est augmentée.
Le modèle gros grains de MitoMAS
Une modélisation gros grains de la membrane
Un modèle gros grains
manipule des groupes d'atomes ou grains, le comportement des atomes
d'un grain étant moyenné au niveau de son centre de gravité.
Ce niveau d'abstraction des
molécules offre la possibilité d'étudier les phénomènes biologiques à
des échelles de temps de l'ordre du dixième de microseconde
(10^{-7}s) et de taille de l'ordre du dixième de micromètre
(10^{-7}m), ce qui correspond à des valeurs beaucoup plus proches de
celles nécessaires pour l'étude de phénomènes comme la formation des
replis des membranes.
La modélisation d'un lipide
La
figure~\ref{fig:sma_lipide} montrent les 3 types de grains défini pour
notre modèle : le type tête bleu hydrophile, le type interface violet moyennement hydrophobe et le type queue rouge très hydrophobe.
En choisissant 1 grain par type, nous définissons un modèle minimal permettant néanmoins une modélisation correcte :
- du volume et éventuellement d'une certaine flexibilité,
- de l'hydrophobie, c'est à dire de la répulsion entre les queues et le solvant.
A partir des structures
atomiques (issues de RMN ou de cristallographie), nous avons modélisé
dans un premier temps une molécule de
DMPC (1,2-dimyristoylphosphatidylcholine (C14:0)) d'une taille
~30A par un (hétéro-)trimère rectiligne constitué de 3 grains,
chacun d'un type différent et d'un rayon ~5A.